Déambulation 34. De spectateur en spectateur

(suite de la déambulation 33)

C’est en voyant un enfant pleurer à la vue d’une créature effectivement terrifiante que mon attention fut attirée ailleurs, vers les autres qui, comme moi, étaient là pour voir. Les cris de l’enfant, puis les rires d’une bande à mes côtés, ont réglé le problème que je voyais dans l’immobilité : la position de spectateur n’était plus passive. Qu’ils se réfugient derrière leurs caméras ou leurs cris, tous ceux qui sont ici réagissent. Certains rient, d’autres pleurent, la plupart sourient à grandes dents, semblent jouir d’une rare ivresse. D’autres encore sont perplexes, voire agacés, mais nul n’est là sans le vouloir, nul ne dort ni ne ferme les yeux. Les spectateurs étant plus difficiles à photographier, j’ai tout de même déambulé parmi vieillards dérangés, femmes seules et enjouées, couples ouverts, enfants curieux, afin de faire le lien et de briser la frontière entre ceux qui paradent et ceux qui regardent.


Rapidement, je me suis aperçu que le meilleur moyen d’y arriver n’était pas sur le trottoir, mais bien dans la rue, parmi les créatures, les nudistes, les sadomasochistes, les associations, les bears, les drag-queens, les monstres, les cracheurs de feu, les clowns, les jongleurs, les chars allégoriques, les discothèques de fortune, les manifestants et surtout les autres photographes : je n’étais pas du tout le seul à me joindre à la rue et j’eus vite le même visage euphorique de celles et ceux qui s’y promenaient. Là, entre spectateurs et acteurs, un lien dynamique s’opérait. À cet endroit, la dimension collective se sentait à vif, concrètement.

Une fois la parade passée, les confettis, les pétards utilisés, les vêtements perdus et autres débris demeuraient au sol parmi les quelques passants qui ont décidé de laisser aller la folie pour retourner à leur quotidien. Plus loin, la fête continuait sur une scène plus stable mais non moins émouvante. Dans le ciel, quelques bulles et quelques plumes volaient encore comme si elles dansaient encore au rythme de la musique qui s’éloignait et devenait une rumeur, un mince bruit de fond, puis un souvenir.




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