Difficile de voir le paysage urbain dans le détail. Sublime ou laid, trop de détails, trop de gens, trop d’objets. Près des ruelles et sur les gros boulevards, plusieurs locaux à la fois vides et pleins jettent au regard un beau chaos (comme dirait l’autre). Des chantiers enfermés entre trois murs blancs et une vitrine qui fait, encore une fois, un écran. Une frontière, parfois, qui me sépare ou qui me relie au bordel là-dedans.


Il m’arrive pourtant d’être aux prises avec le désir de remplir ces espaces. La plupart d’entre eux feraient une merveilleuse scène, un merveilleux décor, pour une pièce de théâtre. Le hasard fait bien les choses : rien de trop symétrique pour endormir le regard ; à gauche une chaise poussiéreuse, à droite une montagne de plâtre, de métaux et de fils électrique, puis un grand espace complètement vide au-devant pour refléter la lumière. L’intervalle présente à mes yeux la possibilité de représenter, d’ajouter du sens, de performer. Mais je me contente de photographier. Avec ce désir de théâtre, c’est une sorte de barbarisme qui agit. Je crois que l’humain a besoin de signifier tout ce qu’il voit. D’ajouter du sens, justement, à tout ce qui se place devant soi, à tout ce qui n’en a pas, à une chaise vide, à des décombres, à un espace vide. Difficile, oui, de voir le paysage urbain dans le détail car cela oblige de laisser tomber toute signification préétablie. Si la chaise est à gauche d’une ruine, si un escalier mène vers le vide, c’est qu’ils sont là, simplement. Nul besoin de connaître l’histoire. Nul besoin d’inventer une anecdote (la ville est remplie d’anecdotes que nous ne connaîtront jamais). Seulement cela, l’objet, les vides et les pleins. Seulement la présence à laquelle il est difficile de penser sans savoir pourquoi. Un simple répit de la pensée, au bonheur des yeux.



