Déambulation 88. Barcelone dans les yeux

Mon hôte, prénommé Jésus et fier originaire de la campagne galicienne, et moi avons souvent eu l’occasion de discuter de la Catalogne, de Barcelone et du rythme de cette ville qui s’impose à celui ou celle qui s’y attarde. Il est vrai que Barcelone peut être difficile, particulièrement pour les personnes qui s’y rendent avec le projet de s’y installer, comme l’a fait Jésus il y a quelques années, et même pour ceux qui, comme moi, reviennent en quête d’un tourisme plus lent. Les obstacles sont nombreux : il s’agit d’une ville excessivement touristique dont les trésors semblent cachés, voire inaccessibles, sans compter qu’elle peut épuiser le voyageur, lui donner une envie soudaine de la quitter.

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Les touristes qui visitent Barcelone pour la première fois et qui y restent peu de temps peuvent facilement éviter les obstacles dont Jésus et moi avons parlé, puisqu’ils sont constamment distraits par un nombre très important d’attractions, dont certaines plutôt éloignées les unes des autres, et surtout occupés par une course contre la montre qui peut s’avérer extrêmement étourdissante. Je ne ferai pas ici la liste de ces attractions : l’information se trouve très facilement et je refuse de contribuer à faire de Barcelone le Disney pour lequel il est mondialement reconnu comme un exemple à ne pas suivre en termes de développement touristique. Pour celui qui la visite pour la troisième fois, le défi réside dans la recherche de « l’autre Barcelone », d’une Barcelone plus « locale », plus « vraie », sans pour autant bouder, voire mépriser, les évidences qui constituent quand même une partie importante de l’identité de la ville. C’est paradoxalement en parlant avec Jésus, expatrié espagnol qui soutient pourtant des opinions politiques auxquelles je m’oppose, que j’ai pu éviter le mépris de certains lieux auxquels, au début de ce voyage, je ne voulais pas retourner : « tu ne peux pas bouder la Sagrada Família, ni le Parc Güell, ni la Barceloneta ! Voir trois fois dans sa vie le Passeig de Gràcia, peu importent les autres lieux que tu as ou non visités, ce n’est pas beaucoup. Je l’ai vu au moins 500 fois, le Passeig, et j’aimerais le voir comme tu le vois. » J’avoue avoir été ému par cette tirade que Jésus a accompagnée de conseils de « Barcelone pour les initiés ». Tout au long de ce voyage, j’ai donc appris rapidement à jongler avec des endroits surprenants presque sans touristes, des endroits suggérés par mon hôte et des évidences qui, il est important de le reconnaître, ont tout de même contribué à l’attrait premier que j’ai eu pour Barcelone.

Je suis donc retourné à la Sagrada Família (sans y entrer, quand même), même si je préfère l’Hospital Sant Pau, immeuble à l’architecture moderniste impressionnant et beaucoup moins fréquenté. Je suis retourné à la Barceloneta, même si je préfère les plages de Mar Bella. Même si je préfère de loin la Rambla de Catalunya, je n’ai pas eu le choix de passer par La Rambla que j’avoue détester avec passion. Et, alors que je préfère le Passeig de San Joan (nouvellement et sobrement rénové), le Poble Sec et Gràcia, j’ai obéi à Jésus en retournantdans le Passeig de Gràcia pour y photographier ses vitrines de boutiques de luxe, ses touristes et ses hommes d’affaires qui cohabitent drôlement, pas toujours harmonieusement. Après ces déambulations, en cette dernière journée à Barcelone, je trie mes images de ces lieux que je regarde comme un étranger, au grand dam de mon hôte.

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La plupart des blogues de voyage que je fréquente s’entendent cependant sur deux points à l’égard de Barcelone : on accepte d’abord de laisser tomber certaines attractions au profit des marchés, des festivals et des terrasses, puis on abandonne ensuite la ville pour faire des day trips. En bon blogueur de voyage, j’ai respecté ces deux conseils et passé beaucoup de temps à observer les rituels de Barcelone. J’ai aimé déambuler dans certains marchés – il faut absolument troquer la Boqueria, à mon avis trop clinquante et désagréable, pour le Mercat dels Encants, le Mercat del Ninot, le Mercat Santa Caterina et le Mercat de Sant Antoni, sans manquer les superbes marchés mensuels et itinérants comme le Van Van Market (food trucks) et le Palo Alto Market (marché d’artisans, de foodies, d’artistes et de cuisine de rue).

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Je fais rarement ce type de suggestion dans ce blogue, mais je crois qu’il est important de partager une certaine expertise barcelonaise, sans doute la ville européenne que je connais le mieux, ville qu’il fait parfois bon de quitter, surtout en ces temps de canicule historique qui rend étouffante la présence jour après jour plus massive des touristes. J’ai déjà abordé ici mon amour des trains qui, en Espagne comme dans plusieurs pays d’Europe, dépassent amplement le simple moyen de transport tant ils offrent au voyageur pourtant immobile un temps d’arrêt (climatisé !) et de contemplation de paysages dont la désolation et la beauté se succèdent comme par magie.

Les choix d’excursions d’un jour à partir de Barcelone sont très nombreux : on peut visiter le Monastère du Montserrat, s’amuser au Tibidabo, prendre son mal en patience au Théâtre-Musée Dalí à Figueres ou encore, comme je l’ai fait cette fois-ci, aller se perdre à Girona et longer la mer à Sitges. C’est entre autres lors de ces séjours brefs que le voyageur solitaire prend conscience de sa véritable liberté : à Gérone, j’ai sans raison visité une cathédrale et boudé une église, passé beaucoup trop de temps au bord du canal et pas suffisamment dans le quartier juif. J’ai pris un somme dans un jardin et bu trois cafés sur la même terrasse.

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J’ai décidé de me rendre à Sitges en soirée, ce qui a véritablement surpris Jésus : « mais on va à Sitges pour le soleil ! » J’aime la mer, mais pas la plage. J’aime me baigner dans la mer, mais pas me faire bronzer sur le sable – j’ai d’ailleurs déjà parlé ici de mon malaise à l’égard des plages. Je m’y suis donc rendu à temps pour profiter non pas du bronzage, mais bien d’un bord de l’eau moins habité qu’en journée question de jouir de la magnifique lumière du soir.

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Ces petites villes, belles, surprenantes et pas seulement « charmantes » (je trouve cette expression méprisante et dominatrice) sont à mon avis indispensables pour comprendre mieux la posture de la ville que nous quittons pour quelques heures. De retour en ville, véritablement ressourcé par ces excursions, je ne peux faire autrement que d’être confronté à un sentiment de chez soi, comme si j’arrivais à regarder Barcelone dans les yeux avec plus de justesse, à y respirer mieux, à apprécier ses évidences clinquantes et à m’endormir bercé par ses bruits, sa chaleur et les hurlements des touristes. C’est ainsi que je reviendrai à Montréal, fort de toutes ces visites et heureux de partager cet apprentissage que m’a offert ce troisième séjour à Barcelone.

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