Temps d’arrêt : Liebster award

Mon voyage au Chili ne m’a pas seulement permis de revisiter mon pays natal et de me donner une tonne d’idées pour l’écriture d’un roman. Il a aussi été l’occasion d’ouvrir les horizons de L’ÉCRAN FENÊTRE, d’augmenter par je ne sais trop quel hasard le nombre de visiteurs et d’accumuler par le fait même diverses reconnaissances. Dernièrement, les auteurs de Détour Local ont gentiment nommé L’ÉCRAN FENÊTRE au Liebster Award, un prix pas comme les autres qui fonctionne comme une chaîne de lettres : tout a commencé avec un blogueur allemand qui a révélé 11 aspects de sa vie et a invité 11 blogueurs de son choix à répondre à 11 questions qu’il a rédigées lui-même. Ces 11 blogueurs, alors nommés à ce qu’on appelle aujourd’hui le Liebster Award, devaient donc dévoiler à leur tour 11 confidences, répondre aux 11 questions posées, en pondre 11 nouvelles adressées à 11 nouveaux blogueurs. Et ainsi de suite. La chose a fait son chemin à travers les blogues du monde entier, et me voilà inclus dans cette amusante chaîne de révélations. J’ai donc décidé de me prêter au jeu avec deux petites tricheries. La première : il y a deux blogues que je nomme parmi les onze qui ont plus de lecteurs que la limite imposée (ils n’ont pas besoin de beaucoup de publicité, je le sais, mais je trouve qu’ils se démarquent du paysage parfois un peu homogène des blogues de voyage). La seconde : mes 11 « révélations » répondent aux questions que je pose plus tard aux blogueurs nommés. J’ai l’esprit mal tourné, je sais.

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Voici donc mes réponses aux 11 questions que les auteurs de Détour Local m’ont posées :

  1. Un de vos plaisirs en voyage qui vous rend coupable ? Je préfère loger dans des appartements ou des chambres privées plutôt que dans des dortoirs, même si les coûts pour satisfaire ce caprice sont assez élevés.
  2. La ville de vos rêves c’est… ? Celles que je n’ai pas encore visitées : Reykjavik, Tokyo, Jérusalem, Istanbul, Buenos Aires.
  3. Le secret pour voyager c’est… ? Il faut être capable de voir notre vie comme une chose mouvante et pas comme une station arrêtée. Le voyage devient une activité nécessaire, indispensable, un mode de vie.
  4. La meilleure anecdote qui vous a sauvé d’une fâcheuse situation ? J’ai jusqu’ici été très chanceux en voyage, je n’ai pas rencontré de situations véritablement fâcheuses.
  5. Première chose que vous faites lorsque vous revenez à la maison ? J’embrasse mon amoureux si nous n’avons pas voyagé ensemble, je défais ma valise et dépose tous mes vêtements dans la laveuse (j’ai une peur incontrôlée des punaises de lit) et je chasse la déprime en faisant du ménage.
  6. En voyage, quelle est la chanson qui joue en boucle dans votre ipod ? C’est une question horrible à me poser, je connais humblement peu de gens qui écoutent autant de musique que moi et avec autant de sérieux. Je me fais des listes interminables pour mes voyages, alors il y a simplement trop de chansons qui jouent en boucle dans mes oreilles. Mais cette année, en Espagne et au Chili, il m’est très souvent arrivé d’écouter le dernier album de Cat Power, notamment les chansons Ruin et Cherokee.
  7. Une ville chic et moderne ou rustique et pittoresque ? Pourquoi ? Je ne sais pas trop ce qu’on cherche avec cette question. Je pense cependant à Lisbonne, un genre de mix des deux. Le blanc partout, les mosaïques au sol, les pavés rendent justice à son passé chic et aristocratique. Ses maisons inoccupées et abandonnées, ses édifices en ruines et ses traditions lui donnent un air rustique, pittoresque, mélancolique.
  8. La gourmandise qui vous manque le plus en voyage ? Le bon café de 3e type qu’on trouve abondamment à Montréal. On n’en trouve vraiment pas partout (mais de plus en plus).
  9. Plutôt…  vol annulé ou bagage perdu ? J’ai déjà vécu les deux dans le même voyage. Pour moi, ça va ensemble, c’est un combo.
  10. Êtes-vous plutôt… retrait bancaire ou argent planqué sur vous ? Retrait bancaire. Avec le portefeuille, l’ordinateur, le iPhone, le passeport et l’appareil photo, ça fait déjà trop d’objets de valeur que je dois trimballer. Mais ça ne vaut certainement pas pour toutes les villes (au Sud du Chili, c’était toute une entreprise que de trouver un guichet automatique!).
  11. Une de vos appréhensions de voyage qui n’était pas justifiée ? Je l’ai dit à peu de gens, mais j’étais affreusement terrifié avant de partir au Chili. J’avais démesurément peur de me faire attaquer/voler/kidnapper/gaybasher (pourtant je ne suis pas peureux du tout pour ce type de trucs en voyage), mais j’avais surtout peur de faire des crises d’angoisse, des crises de panique, des éruptions émotives inexpliquées, de ne plus me reconnaître, de découvrir des choses sur moi que j’ignorais et qui me traumatiseraient. Évidemment, rien de ça n’est arrivé ; c’est le voyage le plus doux et le plus aisé que j’ai fait de ma vie.

Et maintenant, voici 11 choses que vous devriez savoir à mon sujet :

  1. J’ai toujours trouvé difficile d’être assidu et régulier dans la tenue de mon blogue : j’ai réglé la question en transformant mon blogue de déambulations en blogue de voyage, mais il m’est aujourd’hui difficile de réaliser que je voudrais constamment voyager.
  2. Je parle peu de mon blogue, alors qu’il est le projet que je tiens depuis le plus de temps et avec le plus de sérieux, simplement parce que je ne trouve pas les mots pour faire comprendre aux gens que ce n’est pas qu’un passe-temps ni un moyen de satisfaire mes besoins narcissiques : il arrive qu’on pense ainsi à l’égard de la tenue de L’ÉCRAN FENÊTRE parce qu’il ne me fournit pas de revenu, entre autres puisque je n’y ajoute pas de publicité payante, et ça m’énerve vraiment que ce qui n’est pas payant soit automatiquement considéré comme un simple passe-temps. Je préfère alors me taire dans le réel et être bavard virtuellement.
  3. Je déteste voir de la pub dans les blogues. Beaucoup de bloggeurs s’en servent pour subvenir à leurs besoins, j’en conviens, mais bien souvent cette intrusion, toujours agressive, oblige les bloggeurs à publier des articles qui ne concernent que des objets et des grandes compagnies, et qui n’ont au final rien à voir avec le propos premier du blogue. Ça me donne l’impression qu’on dénature le blogue et qu’on porte atteinte à sa plus grande qualité : sa liberté.
  4. Donc, faut jamais dire jamais, mais j’ose tout de même affirmer que jamais je n’inclurai volontairement de la publicité payante dans mon blogue (la pub que vous voyez ici-bas est depuis peu obligatoire avec wordpress et je ne peux la retirer qu’en payant assez cher, m’obligeant donc à inclure des pubs payantes pour pallier ces coûts… voyez le beau cercle vicieux).
  5. J’ai depuis très longtemps voulu être photographe, plus précisément photographe documentaire : ce blogue est, dans ma pratique artistique, ce qui s’en approche le plus et, du même coup, ce qui m’en éloigne.
  6. Il m’arrive d’être incapable de lire en voyage, et d’autrefois le voyage me procure une soif insatiable de lecture. Étonnamment, je déteste lire des livres « légers » quand je voyage. Ma lecture préférée dans un de mes voyages fut À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’Hervé Guibert. J’étais à Vienne, puis à Berlin. J’ai aussi adoré lire Le ciel de Bay-City de Catherine Mavrikakis. J’étais à Rome, puis à Naples. J’ai lu du Benjamin à Madrid et du Didi-Huberman à Santiago.
  7. Mes lieux préférés, en voyageant, à l’exception des places publiques, sont les musées pour m’épater et les cafés pour écrire.
  8. J’écris énormément quand je voyage, vous le savez. Je le fais surtout dans de tout petits calepins qui entrent dans une poche, pas plus grands qu’un passeport, contrairement aux moments où je ne voyage pas : chez moi, j’écris toujours sur mon ordinateur portable. J’ai essayé de brouiller les cartes, mais sans succès. L’un et l’autre ne sont pas, mais alors pas du tout interchangeables.
  9. Je voudrais voyager tout le temps pour écrire beaucoup, photographier beaucoup, mais je dois aussi travailler. J’occupe un emploi qui me permet de partir souvent, heureusement. Mais je n’ai pas encore réussi à combiner travail et activités artistiques aisément, j’ai même abandonné le combat : je prends une session de congé de travail à mes frais pour écrire, je prends des sessions de congé d’écriture à mes frais artistiques pour enseigner. Très honnêtement, je vis ça difficilement. Je trouve ça triste.
  10. J’aime enseigner, j’aime vraiment ça, mais je n’ai jamais convoité l’enseignement comme le métier qui m’était promis ; je doute régulièrement de la pérennité de cet emploi, alors que je m’approche paradoxalement de la permanence. J’aurais aimé faire autre chose, aussi – j’appelle ça la crise de la trentaine. Je voudrais vivre de mes activités artistiques, évidemment, mais j’aurais aussi aimé tenir un café, partir une entreprise de tours guidés « responsables », avoir une OBNL d’ateliers d’écriture, faire de la radio, écrire à la pige pour des médias sérieux des articles ou des chroniques artistiques, des essais subjectifs et/ou des récits de voyage. Plus jeune, j’aurais aussi dû assumer mon désir ardent de faire du skateboard, continuer à jouer du violon, obéir à ma mère quand elle me priait de manger mon poisson, mais tout ça n’a rien à voir avec l’enseignement.
  11. Quand j’étais petit, j’étais hanté par un horrible scénario : la nuit, des intrus entreraient dans notre maison, voleraient tous nos objets pendant notre sommeil, nous ligoteraient, nous torturaient et tueraient tous les membres de ma famille devant mon regard horrifié. Aujourd’hui me hante toujours la peur de surprendre chez moi des visiteurs nocturnes malintentionnés ; cette peur est doublée d’intensité lorsque je voyage. Je verrouille ma porte à double-tour, je ferme les fenêtres, même dans la chaleur suffocante d’un été à Barcelone.

Maintenant, voici les 11 blogues que je nomme avec grand plaisir :

  1. Como la espuma, c’est le blogue d’une vieille amie qui voyage quand elle le peut et qui écrit de très beaux textes réflexifs. Elle a déjà été nommée pour le Liebster award, mais elle mérite clairement une mention supplémentaire.
  2. World Travel Buzz est un blogue qui participe à ma tricherie : il a un nombre incalculable de lecteurs, mais contrairement à plusieurs blogues commerciaux, celui-ci a l’intelligence d’être très informatif et de donner des conseils de voyages originaux et intelligents.
  3. 28-30 : Voyages dans le désordre est également un blogue de voyages (il y a en aura beaucoup, préparez-vous), mais vous n’en trouverez pas de plus original et de plus beau : il offre non seulement des articles mais surtout des sites complets sur les destinations parcourues par ses auteurs-photographes. Les photos sont époustouflantes et les destinations sont inusités.
  4. Stuck in costums présente des photographies très impressionnantes, archi retouchées mais respectueuses des lieux visités. En plus de faire le récit de certains voyages, ici on insiste sur les différentes techniques photographiques réalisables en voyage. C’est un gros blogue plein d’argent, mais étrangement la publicité n’y est pas si agressive.
  5. L’auteur de My spanish adventure a juste l’air cool : un Londonien qui a lâché sa job de 9 à 5 pour apprendre l’espagnol en Espagne tout en vivant « on the cheap ». Bien que le concept « riche-Anglais-qui-profite-du-très-bas-niveau-de-vie-espagnol » puisse déranger, la « coolitude » du mec doublée du respect qu’il a envers la culture et les gens espagnols rendent le blogue très humble et sympathique.
  6. Les Carnets de traverse, c’est un site web doté de plusieurs auteurs globe-trotters qui écrivent des récits de voyage, parfois collés à la tradition du genre, parfois éloignés de tout genre prescrit, mais toujours originaux et sensibles. Ce très beau site a une section de blogues qui rendent compte des différents voyages des auteurs.
  7. Le blogue des Two Bad Tourists n’a pas besoin de publicité, mais il est important à mon avis de souligner leur travail bien éloigné de la rigueur administrative des « freelancers » globe-trotters qui possèdent tous les moyens financiers pour écrire une entrée de blogue sur des objets luxueux avec lesquels on joue en voyage. Ici, on assume complètement le laisser-aller du voyage qui fait parfois de soi un très mauvais touriste, préférant les décisions impromptues aux excursions longuement planifiées et étudiées. Ça donne un couple de deux garçons très drôles, reconnaissant qu’ils peuvent être parfois insultants pour les lieux qu’ils visitent et les gens qui y vivent, mais qui profitent de la douce légèreté qu’on recherche tant en voyageant.
  8. Laissons tomber les blogues de voyage et ouvrons la voie à la littérature : Poème Sale est très connu, certes, et il a le mérite d’être le seul blogue de création littéraire – de poésie de surcroît – à tenir longtemps la route et à même faire des jaloux. On y publiait auparavant des poèmes parfois homogènes, mais le ton se diversifie et gagne en qualité. J’y ai moi-même publié un poème dans le passé et je compte bien retenter l’expérience. Dans le drôle de monde du web, Poème sale occupe une place longtemps laissée vacante et, à mon avis, indispensable.
  9. Un peu de sérieux : Doctorak, GO! est le blogue de Mathieu Arsenault, auteur et critique littéraire, dans lequel il « tient des réflexions sur les phénomènes culturels actuels comme le design, les jeux vidéo, la cyberculture et sur la manière dont ils peuvent être pensés à travers la culture littéraire. » Je suis curieux de savoir ce qu’il fera de cette nomination au Liebster.
  10. Des études littéraires n’aboutissent pas nécessairement à un emploi littéraire : Littéraire déchu le sait très bien. Il nous offre donc un blogue très drôle dans lequel il propose des analyses littéraires sur toutes sortes de sujets, ce qu’il appelle « des analyses littéraires boboches pis ben de la bouleshitte. »
  11. Je n’ai jamais vraiment beaucoup aimé les critiques de shows, je les trouve toujours un peu complaisants et, comme par hasard, souvent acoquinés avec les créateurs. Mais mon ami Sylvain fuit ces deux fléaux en proposant avec Local Gestures des critiques justes, profondes, longues et intelligentes de spectacles de danse. Il ne le sait pas encore : grâce à lui, je porte aujourd’hui un regard confiant sur cet art qui m’était il y a plusieurs années bien abstrait.

Et voici enfin les 11 questions que je leur pose :

  1. Que trouvez-vous le plus difficile dans le fait de tenir un blogue?
  2. Comment expliquez-vous à vos collègues et nouvelles connaissances l’importance du blogue dans votre vie?
  3. Que pensez-vous de la publicité dans les blogues?
  4. Qu’est-ce que vous vous promettez de ne jamais faire dans/pour votre blogue?
  5. Nommez un rêve que vous n’avez pas encore réalisé.
  6. Quel est le livre que vous avez le plus aimé lire en voyage?
  7. Quels lieux préférez-vous visiter en voyage?
  8. Écrire en voyageant, ça se fait dans un calepin, sur un ordinateur portable, sur un grand cahier ou ça ne se fait pas?
  9. Comment réussissez-vous à combiner travail et activités artistiques?
  10. Si votre métier n’existait pas, lequel aimeriez-vous faire?
  11. Qu’est-ce qui vous hantait quand vous étiez enfant et qui ne vous a pas encore tout à fait quitté?

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