Déambulation 41. De beaux sentiments pour le temps des fêtes

On ne marche pas pendant le temps des fêtes, on trotte, on court, on saute sur les soldes avec des chiffres dans la tête : budget, bas prix, nombre de cadeaux achetés, nombre de cadeaux à trouver malgré le temps qui file, les jours qui passent, les jours qui restent avant le premier Noël en famille, le deuxième Noël dans l’autre famille, le troisième Noël entre amis, le quatrième Noël au bureau, le cinquième Noël en amoureux, le jour de l’an en famille, le jour de l’an entre amis (et, merde, j’oubliais l’anniversaire d’une telle; tu parles d’une idée de naître le 23!). Pas de place pour l’errance : comme l’argent, les pas sont comptés. C’est ce que je déteste du temps des fêtes. Ça devient une question de comptes. Ça devient une question de sous. Ça devient des riches à la course.  

C’est aussi une question d’amour, on dit. Mais pour l’amour, il faut du temps. 

Pour l’amour, je voudrais prendre le temps de marcher et de regarder la ville se transformer comme le font les enfants qui remarquent chaque lumière posée dans les arbres et croient que les étoiles se rapprochent de la terre tant Noël est magique. Il faudrait s’arrêter comme le disent les comptes de fées, et implorer le ciel plutôt que le maudire pour que la neige finisse bien par tomber. 


Je ne le fais pas, bien entendu. J’ai passé la journée à courir comme un fou dans le quartier le plus désagréable de la ville pour y trouver tous les cadeaux de Noël en une seule journée : pas le temps de laisser traîner ça, trop d’événements, trop de travail, trop d’engagements. Pas le temps pour le temps des fêtes.

J’ai réussi. En quatre heures, Noël était affaire classée. Autant dire que Noël était fini. 

Les bras engourdis, j’ai déposé mes sacs sur le plancher sale d’un café pour prendre le temps, justement. À ma gauche, une dame faisait le bilan de son magasinage des fêtes et se plaignait d’ignorer quoi offrir à son beau-frère qu’elle a eu le malheur de piger pour l’échange en famille. À ma droite, une jeune fille regardait à l’extérieur en parlant au téléphone. Elle se plaignait, elle aussi. Elle avait peur de ne pas connaître, cette année, un Noël blanc. Il est vrai que je porte encore mon manteau d’automne. « C’est gris, juste de la pluie », disait-elle. 

Elle a tout de même terminé sa conversation avec un « je t’aime », puis un autre, puis un « moi plus », et encore un « je t’aime ». Malgré la pluie, le temps des fêtes est encore le temps de l’amour. 

J’ai regardé le ciel qui passait rapidement du gris au noir, laissant cependant découvrir les éclairs du temps des fêtes. Les reflets sur la vitrine ressemblaient à des aurores boréales. Dans le noir, c’étaient des étoiles qui entouraient les arbres. J’ai pensé à cette église photographiée il y a quelques jours, presque laissée à l’abandon, mais dans laquelle on a tout de même posé des lumières festives. Je me suis souvenu que, chez moi, une grande étoile illuminée était accrochée. J’avais pris le temps de la photographier, elle aussi. 



J’ai pris le temps de finir mon café, tranquillement. Mon sourire un peu béat vers la jeune fille n’a pas été bien reçu : elle m’a jeté un de ces regards. Peu importe, j’ai su que le retour à la maison se ferait plus lentement. C’est le temps des fêtes, après tout. J’ai le droit de déambuler avec des airs d’amour et de joie dans la tête. 

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