Déambulation 30. Pour un ciel commun.

Si je marche dans cette ville que j’aime pourtant, toutes les autres resurgissent. Une église, un parc, un enfant me rappellent mes voyages passés et mes pas que je souhaite tracés sur l’asphalte d’un pays différent. Il n’est pas question de souvenirs (déclenchés uniquement par l’immobilité de la nostalgie); ce sont de réelles projections dans l’ailleurs rendues possibles par l’errance et la marche. 

Je voudrais que l’arbre devant ma fenêtre fleurisse tout blanc pour me transporter, par ses parfums, en Chine ou au Japon. 

Un long canal devrait passer juste là, couper Christophe-Colomb pour traverser un pont millénaire de Stockholm ou d’Amsterdam. 

Il faudrait que le pont Champlain mène au Danemark, le pont Victoria à Williamsburg, le pont Mercier à San Francisco. Que le fleuve St-Laurent porte les couleurs de la mer, qu’elle soit Baltique, Morte ou Méditerranée. 

Il faudrait que, du haut de mon balcon sale et bruyant, un simple saut me pose sur une terre nouvelle remplie de gens et d’une histoire qui me dépasse. 

Que photographier, alors que la déambulation me projette loin, très loin, de tout ce qui se voit? Cet arbre est trop canadien, cette rue trop montréalaise. Les escaliers en colimaçon, les triplex tout croches et les tours à condo. Les Bixi partout et les terrasses du plateau. Je marche parmi tout ce qui est quotidien et familier, sans peine et sans douleur, même en souriant parce que le soleil me brûle les yeux, mais chaque pas est poussé par un désir d’ailleurs, d’au-delà du paysage comme si une deuxième couche se cachait derrière les parcs et les bâtiments, les rues et les gens, comme si tout ce qui m’entourait n’était qu’un simple décor de cinéma s’obstinant à cacher les merveilles du monde qui sont, au final, tout aussi quotidiennes et familières que cette ville à mes yeux, Montréal. 

Alors je regarde le ciel : le néant tout autant que l’inconnu. Si cette ville est vraiment un décor, je me console en croyant que nous partageons tous le même ciel. Ce nuage, là-haut, se rendra-t-il à Barcelone ou vient-il de Reykjavik? L’averse de demain serait-elle née entre l’Asie et l’Amérique, a-t-elle pris sa force dans le Dakota? 

Rien à photographier. Cet entre-deux dans lequel je me trouve n’a pas d’images. Celles offertes devant moi sont trop communes et sans imagination. Celles qui se créent dans ma tête sont trop exotiques ou n’existent simplement pas. Elles sont remplacées par des mots, des phrases et un rythme que je suis avec mes pas. 
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