Déambulation 25. Éclairage sur la perfection (quelques idées reçues)

Ce message a été écrit il y a quelques jours. Voyager, c’est aussi se confronter à l’impossibilité de l’immédiat. 
 
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Visiter une ville une première fois, c’est aussi former une panoplie d’idées à son sujet, confortables mais souvent sans nuances. Je n’en suis qu’à ma deuxième journée à Stockholm et déjà plusieurs phrases font leur chemin toutes seules afin de coller à la ville des couleurs, des qualités, de grandes vérités qui, au final, sont des généralités. C’est vrai, les gens sont beaux. C’est vrai, c’est féerique. C’est vrai, le poisson et les fruits de mer sont omniprésents. C’est vrai, c’est propre, rangé, lisse. C’est vrai, c’est le royaume des hipsters et du design. C’est vrai, cette ville est parfaite. Et alors? Une fois dites, ces phrases sonnent creuses. Ce n’est pourtant pas creux, lorsque je vois les beaux garçons, les beaux paysages enneigés, les carcasses de homards dans les vitrines, la propreté du métro, les vêtements de rêve et les couleurs des cafés savamment agencées. À celles et ceux qui ne comprenaient pas pourquoi la Scandinavie m’attirait (« des pays d’hiver propres et ordonnés comme le Canada », qu’on me disait), je vous emmerde. Bien qu’on connaisse les clichés de certains pays, on jouit tout de même de les rencontrer (surtout lorsqu’ils se rattachent à ceux de chez nous : l’hiver et l’ordre, d’ailleurs, sont de maigres comparaisons).
 
Dans le froid, alors que je contemplais la neige accumulée sur des branches d’arbre sur fond d’édifice Art Nouveau joliment coloré, je me suis surpris à me dire « Stockholm est une ville d’hiver ». Faux. L’été, ça n’a rien à voir, j’en suis certain. Plusieurs touristes disent les mêmes conneries au sujet de Montréal et je suis le premier à m’insurger : l’été, il fait chaud, humide et je fuis cette saison dès que j’en ai l’occasion. Ce n’est pas parce qu’on visite Montréal l’hiver qu’elle en devient le symbole. Pareil pour Stockholm. Et pourtant. La neige colle si bien à ses façades. Elle cadre bien ses paysages enchanteurs. Elle tombe bien sur sa blondeur. Elle se conforme parfaitement à son silence.
 
 
15h30, déjà il fait noir. Une autre phrase, toujours creuse puisqu’elle n’arrive jamais à toucher l’expérience du lieu : « Stockholm est une ville de nuit. » Faux. L’été, les journées sont interminables. 
 
C’est la neige, le froid et la nuit qui ont eu raison de moi. J’avais oublié l’existence de ma caméra jusqu’à la tombée (prématurée) de la nuit. J’ai souvent du mal à photographier la nuit, mais ici, la lumière dans le noir est particulière, comme si le ciel était plus vaste, comme si le paysage recevait la lune et les étoiles avec une sobriété presque idéale, comme un fil d’éclairage lisse et précis sur une scène. Des clairs-obscurs facilement poétiques, esthétiques à souhait. On ne s’attend pas à moins de cette ville parfaite. 
 
 
Je suis sensible à la lumière (et à son absence), c’est certain. Rien d’original quand on parle de photo, quand on parle d’écriture. La lumière est presqu’un cliché pour toute forme d’expression, comme l’est le silence. Je ne sais pas si Stockholm est une ville remplie de clichés qui soudainement nous émeuvent, mais il est vrai que le froid, la nuit et la lumière retrouvent soudainement une profondeur autrefois perdue dans la distance. Voyager et déambuler nous confrontent nécessairement aux idées reçues sur les paysages et les lieux; cette ville en est la preuve physique et si vivante tant elle est sombre ou lumineuse, tant elle est froide et silencieuse. Tant son esthétisme est exacerbé. 
 
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Certaines villes se regardent de bas en haut. D’autres dirigent les yeux sur les murs ou sur le gens. D’autres encore transportent le regard vers l’horizon. Stockholm offre l’amalgame des trois. Une expérience sensuelle et totale. C’est sa lumière qui fait ça. Cette lumière traverse le ciel d’une drôle de façon.
 
 
Une mince couche de soleil à peine visible sur les toits des plus hauts bâtiments donne l’effet de rayons dispersés horizontalement, entre la tête et les cieux. Le matin, les gens se promènent encore dans le noir alors que les oiseaux volent au plein jour. Plus tard, un cercle de couleurs qui n’arrive pas tout à fait à éclairer la ville excite le regard et l’apaise à la fois : bleu, rose, blanc, gris, encore bleu. On croirait que dans le ciel se sont posées les couleurs de toutes les heures du jour concentrées dans une lumière mate comme si elle s’empressait à s’exhiber avec l’élégance des suédois, avant que la nuit ne vienne la vaincre. 
 
Parfois, c’est le blanc le plus total qui vient rappeler la neige au sol. Une esthétique parfaite.  
 
 
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