Déambulation 21. En attendant le départ.

Je m’étais dit que je réécrirai dans ce blog lorsque je me sentirai réellement « de retour », lorsque je pourrai déambuler et écrire sur la déambulation sans aborder mon dernier voyage. Cependant, l’idée du voyage envahit encore toutes mes pensées comme un fort besoin de fuir le quotidien, la somme de travail, les conflits, les obligations. Fuir, surtout, le retour obligé.

Je ne sais pourtant pas encore si je suis vraiment arrivé.

Cela dit, j’ai le réflexe d’écrire ici alors que je pars pour un très court séjour à New York dans quelques jours rejoindre mon amoureux qui y sera encore pendant tout un mois. Peut-être que le réel retour de voyage, les  pieds solidement ancrés dans l’ici qu’on appelle quotidien, chez-soi, demeure ou origine, se fait uniquement lorsque nous sommes déjà prêts à repartir, comme un son de cloche, comme un adultère qu’on prévoit dans une relation dont la fin inévitable peine à s’assumer…

Je suis conscient que je ne pars pas en « voyage ». Un séjour, un repos, des retrouvailles avec l’amoureux, mais aussi avec une ville que je connais déjà, une ville de plus en plus familière, une ville dont les codes, la langue et les couleurs me sont chers. Un getaway, on dit en anglais. Le terme est si juste ! Laction est  suivie de l’ailleurs qu’on va rencontrer en laissant derrière soi, le temps d’un saut, quelque chose qu’on fuit. Il y a certes quelque chose de clandestin dans cette façon d’appeler le séjour, comme une désertion. La traduction parfaite serait « évasion » ; s’il est souvent utilisé par les agences de voyage pour vendre aux fonctionnaires des tout-inclus « dans le sud », il me semble tout aussi juste de prononcer ce mot comme les cris d’un prisonnier ou d’un fugitif.

L’un fuit la captivité pour trouver la clandestinité. L’autre, le quotidien pour trouver le repos. Tous deux sont en quête de liberté, alors que je suis en quête d’une chose moins évidente, moins lourde, moins utopique – la liberté tant convoitée par le prisonnier ou le fonctionnaire n’existe pas. Si je fuis le réel retour en repartant, c’est peut-être pour retrouver une liberté plus simple qui me semble jusqu’à maintenant restée en Europe : celle de la déambulation. Cela explique mon silence depuis le dernier billet gorgé de nostalgie de ce blog. Cela explique mon incapacité d’errer. J’accuse facilement le travail et toutes les obligations quotidiennes ; repartir, c’est aussi assumer que la déambulation n’arrive pas quand on le veut. Il faut que l’esprit se libère, justement, de ses prisons que sont le quotidien et, surtout, les souvenirs qui mènent rapidement vers une nostalgie se dressant comme un obstacle impossible à surmonter. Je suis nostalgique, c’est ça le problème !

Cela explique aussi l’absence de photographie. Drôle de hasard : mon amoureux a emporté ma caméra avec lui, obéissant à ma propre suggestion. Il s’agit d’une totale construction, mais je vois cette action comme un signe criant : plus rien n’est à portée de main pour obliger la déambulation à arriver, pas même ma caméra. Pourtant, marcher est si simple, aussi simple que de photographier ce qui se présente à mes yeux. L’errance n’arrive pas. Arriver n’est pas un mot à placer dans l’idée de la déambulation, puisqu’on ne déambule jamais pour arriver à un endroit. La déambulation n’a pas de fin.

Arriver est un mot encore trop présent en moi pour que je puisse déambuler. Je repars donc pour ne plus vouloir arriver nulle part. Une déambulation en amène toujours une autre : j’oubliais qu’il en était de même avec le voyage ! De cette manière, mon séjour à New York, mon évasion, n’est plus qu’une fuite un peu triste, peut-être même pathétique, mais aussi l’heureuse occasion de retrouver Montréal et toutes les autres villes du monde avec mon regard et mes pas libérés du fardeau d’une fin.
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Un commentaire

  1. La déambulation, c'est aussi une forme de déterritorialisation. Un pied chez soi, un pied dans l'altérité, la déambulation est un autre regard qui, pourtant, est le nôtre. Si New York t'a paru familier, c'est peut-être parce que tu y as trouvé cette posture, maintenant familière, de l'entre-deux. Est-ce que cet entre-deux est une oscillation qui refuse de s'encrer dans un lieu, une habitude, un quotidien, une trajectoire prédéterminée, ou est-ce la manière la plus inventive et la plus hasardeuse de s'ancrer ?

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