Déambulation 13. L’été est une saison pleine (premier pas)

 
Je déteste l’hiver pour les mêmes raisons que je déteste l’été. Trop froid, trop chaud, trop clair, trop sombre; c’est la même chose. L’hiver, comme l’été, c’est l’excès. L’été, faut s’amuser, faut relaxer, faut voyager, faut fêter, faut tout voir, manger trop, boire trop, dormir peu. L’hiver, faut produire, faut dormir, faut se lever tôt, se coucher tôt, faut planifier, devenir des machines, éviter le burn-out, éviter la déprime, pilules, médecin, rhumes, grippes, luminothérapie, ruptures, névroses, mais faut rester productif, faut avancer, faut stresser, faut arriver à temps pour l’été. Tant d’excès qui nous rendent aveugles devant les plus beaux moments de l’année : le printemps et l’automne, quand tout meurt et tout revit, quand le temps se voit enfin réellement, concrètement, avancer, puis mourir.

Je déteste l’hiver comme je déteste l’été. L’été nous oblige d’être heureux, de voir la vie avec le soleil et de faire semblant qu’on aime ça. L’hiver nous oblige d’être moroses et impatients tout en produisant suffisamment pour ne pas avoir à confronter la culpabilité pourtant inévitable de l’été. L’été n’est pas une saison heureuse, pour moi, et l’hiver n’est ni morose ni productif. Les courtes saisons, par contre, les saisons imperceptibles, les saisons qui n’en sont pas vraiment, l’automne et le printemps : saisons de grands projets, saisons au cours desquelles ma présence au monde est sensible, généreuse et empathique.
 

J’ai donné de bons cours et des mauvais. J’ai parfois été un bon professeur, d’autres fois moins. Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir avancé dans mon métier et, honnêtement, je n’ai aucune envie de faire un bilan.


Je me suis peu tenu au courant des nouveautés littéraires, musicales, cinématographiques et artistiques. J’ai du pain sur la planche, mais depuis le retour du soleil, je me mets à jour de façon extraordinaire, alors que le temps me manque dangereusement.


J’ai perdu le fil des lieux m’as-tu-vu, des gens cool, des soirées tendance, des dernières couleurs et des derniers cris. Il m’arrive, au printemps, de reconnaître en un coup d’œil ce que je n’arrivais pas à juger pendant toute une saison.


Ma caméra a hiberné dans mon armoire. Son sommeil fut si profond que j’ai eu peur de l’avoir perdue.


Je n’ai écrit que quelques poèmes et une seule entrée dans ce blog. C’est dire.

 
Immobilisme, silence, improductivité, sommeil. Pourtant, l’arrivée subite du printemps n’est pas facile. Cette année, l’hiver est passé si vite que le réveil obligé par le printemps ne se fait pas sans fatigue. Comme un lendemain veille, comme un matin d’insomnie. Cette année, l’hiver n’a pas eu lieu. Un moment vide, un moment creux. Une nuit blanche pas assez froide pour nous tenir endormis.

Les nouveaux rayons de soleil arrivent trop vite : mes yeux les tolèrent à peine. Le soleil est d’une telle violence, ce printemps, que j’ai du mal à sentir l’euphorie de gens autour de moi se donnant à la déambulation. Cette année, il y a quelque chose qui me dérange dans les rues à nouveaux remplies. Peut-être suis-je un puriste du mois de mars et n’accepte pas la réjouissance prématurée? Peut-être suis-je un sceptique qui croit encore que la neige viendra s’abattre sur nos têtes en plein mois d’avril? Peut-être aussi que je refuse simplement de conjuguer mes humeurs avec la météo.

Quelle que soit la raison, ce printemps est arrivé trop vite et, visiblement, ça me dérange.

  

 

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Un commentaire

  1. Je suis d'accord Lino.Mais c'est pas fini. Cette semaine il y aura la pluie. Elle va tenter de tout laver. Et nous, d'être mélancoliques. Tu sais bien qu'en avril, on fait juste semblant…

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