DÉAMBULATION 1. Fleurs souverainistes

J’ai rarement fêté la St-Jean. Rien de politique là-dedans ; peut-être suis-je traumatisé par une partie de mon enfance vécue sur Ste-Catherine, dans Hochelaga (je suis contre la nouvelle appellation « HoMa », je trouve que « Hochelag’ » est moins hypocrite et rend davantage justice à mon souvenir d’enfant parmi drogués, prostituées et proxénètes), où la Fête Nationale se buvait jusqu’à la mort de la dignité : vieillards endormis (ou décédés, allez savoir !) sur le trottoir, prostituées droguées jusqu’aux os à la recherche intense de clients ivres morts, enfants perdus et préadolescents déjà accoutumés aux hallucinations dues au mélange de substances. Une odeur d’alcool et de vomi accompagne mon souvenir de cette fête bruyante, et j’y accorde une ambiance d’autodestruction avec une bonne grosse dose de cheap : rots, flatulences, seins nus avec fleurs de lys maladroitement dessinées sur les mamelons, paquets de cigarettes que l’on voit facilement à travers le t-shirt trop serré du voisin qui hurle à son ti-cul de « r’venir à maison au pc sinon j’te prend pa’l tuyau du milieu pis m’a t’faire tourner, câlibine, pi arrête de brailler, ciboère, on fête (rot) la St-Jean ».

Je sais que la St-Jean peut se célébrer avec bien plus de classe que dans mon triste souvenir, mais tout de même pour cette raison, jamais je n’ai été attiré par cette fête. Parfois un party par-ci, parfois une sortie par-là, ou un souper la plupart du temps, mais toujours en oubliant d’emblée la Fête Nationale. Un verre levé à St-Jean-Baptiste, un petit débat rigolo sur « who the fuck is St-Jean-Baptiste ?! », et puis on mange, on boit, et on oublie le drapeau dans un fond de garde-robe. Je ne suis pourtant pas insensible aux divers ornements sur les balcons de mon quartier, hautement bleuté ces derniers jours. Mais encore une fois, je ne peux faire autrement que d’avoir ce goût de cheap dans le fond de la gorge, non sans un certain amusement. Un seul drapeau suffit à l’entrée de la maison pour signifier la fierté de pouvoir afficher ses couleurs (deux, en l’occurrence). J’ai pourtant été ému pour la première fois devant un drapeau du Québec arboré à l’aveuglette sur le toit d’un bloc d’appartements plutôt laid et typique de mon quartier. Rien à voir avec les décorations de Noël, tout aussi cheap mais oh combien hypocrites puisqu’elles se donnent les couleurs du luxe (or, argent) et s’attribuent toutes sortes d’icônes et de valeurs plus grandes que nature (anges, lutins, amour, amitié, respect, partage, tout le baratin). Les fêtards qui célèbrent fièrement la St-Jean se contentent d’un drapeau bien modeste aux couleurs du ciel.

Sauf quand ils accrochent des pénis sur des poteaux. Là, je trouve qu’ils s’excitent.
Un petit sourire s’est affiché au tournant d’une rue en voyant cinq ou six drapeaux, chacun d’eux planté dans des pots de fleurs qu’une petite famille latino-américaine affichait sur son balcon. Bon, il est vrai que la St-Jean, comme toute fête, amène les gens à exagérer. Un seul drapeau, ou des millions dans le plus petit espace. Je me suis dit qu’il faudrait réfléchir à la St-Jean-Baptiste au-delà de la déco, en me disant « tiens, des fleurs souverainistes ».

***

Parlant de fleurs… Je ne suis pas très jardinage, mais je me suis tanné d’acheter des herbes trop chères (même au marché, c’est fucking cher). J’ai décidé de profiter du plein soleil sur mon balcon, et surtout d’en faire profiter au basilic, au persil et à la ciboulette. Au marché, je suis devenu fou – évidemment – et j’ai acheté, en plus, de la menthe et un mini plant « made for le balcon » de tomates cerises. Le lien avec la St-Jean ?

Je me dis qu’en cette journée de fierté je me donne le droit de célébrer ce que je veux. Donc, fêtons la poussée de nouvelles herbes, de bébés-feuilles et d’une belle tomate toute rouge, couleur anti-24-juin (faut bien faire des liens d’une façon ou d’une autre). Pour un débutant en la matière agricole (!), je dois avouer que je suis fucking fier.

Je le promets, c’est la dernière fois que je vous fais le coup des photos de plantes.


Bonne St-Jean et buvez modestement, comme le drapeau. Les excès, ça ne donne pas de beaux résultats (autant avec l’alcool qu’avec les drapeaux).

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2 Commentaires

  1. Ping : Déambulation 54. Je ne parle pas de Paris | L'ÉCRAN FENÊTRE

  2. J’adore tes photos de plantes. J’adore quand tu parles de drapeaux et de fêtes et j’adore tes virgules et tes points virgules, c’est trop rare les gens qui utilisent des points virgule. Je pense que tu es un être d’exception, bébé. (c’est admirateur, bébé)

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